Le Funambule - Jean Genet

Le Funambule 


J'ai lu le livre intitulé Le Funambule de l'écrivain français Jean Genet.  C'est un poème écrit en hommage à son partenaire l’artiste de cirque Abdallah Bentaga.

Jean Genet 


C'est un écrivain, poète et auteur dramatique français, il parle dans ses ouvrages, sur  l'érotisme, à travers de personnages ambivalents au sein de mondes interlopes. Genet est réservé,  taciturne, un perfectionniste, un éternel insatisfait, un obsédé de la beauté du mot. 


Jean Genet est né le 19 décembre 1910 à Paris, même ville où il est mort le 14 avril 1986. Il est abandonné à sept mois par sa mère, il ne connaît pas son père, est adopté par une petite famille d’artisans.

Il commet son premier vol à l'âge de dix ans, il est incarcéré la plupart de sa jeunesse. Il est libre à dix-huit ans et s'engage pour deux ans dans la Légion étrangère, puis il retourne à Paris, où il commet quelques petits larcins, dont le vol de livres. Pour ça, Genet a passé presque quatre ans dans des prisons pour adultes.

Les premiers écrits, plus précisément, ses premiers romans sont écrits en prison, ils sont jugés pornographiques, sont censurés et se distribuent sous le manteau.

C'est durant l'un de ses nombreux séjours en prison que Genet a le déclic se consacrer à l'écriture. Début 1942, il commence la rédaction de son premier roman Notre-Dame des fleurs, ou il raconte la vie d’un travesti, surnommé Divine, autres écrits de Genet sont: Le Miracle de la rose, Pompes funèbres,  Le Journal du voleur et les noirs.


Grandes écrivains comme Cocteau et Sartre découvrent les premières œuvres de Genet, ils encensent ce mauvais garçon de la scène littéraire française et le considèrent comme le génie de leur temps. Cocteau le sauve de la prison à perpétuité.

Le propos de Genet se fait de plus en plus engagé. Il élève la voix contre la tyrannie blanche, la domination occidentale, l'état déplorable dans lequel la France abandonne ses anciennes colonies. Il se lance dans la rédaction d'un journal intitulé Le Captif amoureux, publié en 1986, quelques mois après sa mort, dans le même temps, le suicide de son compagnon, Abdallah Bentaga, qui lui a inspiré le poème Le Funambule.

Seul et rongé par un cancer de la gorge, l'écrivain, Genet, est mort la nuit du   avec une petite valise remplie de lettres de ses amis et de manuscrits. 

Les moments que j’aime le plus dans ce poème sont :


« une solitude mortelle »…


Sur le zinc, tu peux blaguer, trinquer avec

qui tu veux, avec n’importe qui. Mais l’Ange se

fait annoncer, sois seul pour le recevoir. L’Ange,

pour nous, c’est le soir, descendu sur la piste

éblouissante. Que ta solitude, paradoxalement,

soit en pleine lumière, et l’obscurité composée

de milliers d’yeux qui te jugent, qui redoutent

et espèrent ta chute, peu importe : tu danseras

sur et dans une solitude désertique, les yeux

bandés, si tu le peux, les paupières agrafées.

Mais rien — ni surtout les applaudissements

ou les rires — n’empêchera que tu ne danses

pour ton image. Tu es un artiste — hélas —

tu ne peux plus te refuser le précipice 

monstrueux de tes yeux. 

Narcisse danse ? 

Mais c’est d’autre chose que de coquetterie, 

d’égoïsme et d’amour de soi qu’il s’agit. 

Si c’était de la Mort

elle-même ? Danse donc seul. Pâle, livide,

anxieux de plaire ou de déplaire à ton image :

or, c’est ton image qui va danser pour toi.


La Mort – la Mort dont je te parle – 

n’est pas celle qui suivra ta chute, 

mais celle qui précède ton apparition sur le fil. 

C’est avant de l’escalader que tu meurs. 

Celui qui dansera sera mort – décidé 

à toutes les beautés, capable de toutes. 

Quand tu apparaîtras une pâleur – non, je ne parle pas de la peur, 

mais de son contraire, d’une audace invincible – une pâleur va te recouvrir. 

Malgré ton fard et tes paillettes tu seras blême, ton âme livide. 

C’est alors que ta précision sera parfaite. 

Plus rien ne te rattachant au sol tu pourras danser sans tomber. 

Mais veille de mourir avant que d’apparaître, et qu’un mort danse sur le fil.


Et danse !


Mais bande. Ton corps aura la vigueur arrogante d’un sexe congestionné, irrité. 

C’est pourquoi je te conseillais de danser devant ton image, 

et que d’elle tu sois amoureux. Tu n’y coupes pas : c’est Narcisse qui danse. 

Mais cette danse qui n’est que la tentative de ton corps pour s’identifier à ton image, comme le spectateur l’éprouve. 

Tu n’es plus seulement perfection mécanique et harmonieuse : de toi une chaleur 

se dégage et nous chauffe. 

Ton vente brûle. 

Toutefois ne danse pas pour nous mais pour toi. 

Ce n’était pas une putain que nous venions voir au Cirque, mais un amant solitaire à la poursuite de son image qui se sauve et s’évanouit sur un fil de fer. 

Et toujours dans l’infernale contrée. 

C’est donc cette solitude qui va nous fasciner.


Le funambule est un texte très utilisé dans l'art scénique spécialement pour la danse, il décrit en profondeur le travail scénique: pour moi, c'est un texte indispensable.


Miguel Bolaños Correa


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